L'interopérabilité dans tous ses états
Dans son excellent post en juin 2013, Julien s'interrogeait sur l'interopérabilité. A travers un projet réalisé au sein d’ekito, basé sur CMIS (Content Management Interoperability Service), Julien démontrait le bien fondé de cette approche.
En effet, pour qu'un logiciel puisse exploiter les fichiers produits par un autre logiciel, il doit connaître les spécifications du format des fichiers. Si les spécifications sont publiées par un organisme de normalisation, il s'agit d'une norme ; si elles sont publiées par un autre type d'organisme, il s'agit d'un standard. Un format est dit ouvert si ses spécifications sont publiées et accessibles de tous. Dans le cas contraire, on parle de format fermé ou propriétaire. L'interopérabilité est la possibilité pour différents systèmes de fonctionner ensemble sans dépendre d'un acteur particulier. Elle repose sur la présence d'un standard ouvert.

L’interopérabilité est la capacité que possède un produit ou un système, dont les interfaces sont intégralement connues, à fonctionner avec d'autres produits ou systèmes existants ou futurs et ce sans restriction d'accès ou de mise en œuvre.
Lorsqu'un acteur devient dominant dans un domaine, les autres acteurs font en sorte d'être compatibles avec lui.
• Avantage : l'ensemble des systèmes peuvent à peu près fonctionner ensemble.
• Inconvénient : l'acteur dominant contrôle d'une certaine manière cette possibilité¹.
1 Explications et définitions adaptées du groupe de travail Interop de l'AFUL.
Pour
ne citer qu'un exemple de la nécessaire prédominance des systèmes interopérables, lorsque dès 2011, la collectivité Toulouse métropole commence à travailler sur un projet de services mutualisés autour de la technologie en champ propre NFC (Near Field Communication), l'équipe réunit les différents partenaires possibles pour engendrer un bouquet de services multiples pour les citoyens de la ville de Toulouse et de la métropole. Ainsi en 2013, la carte multiservices "montoulouse" voit-elle le jour, parfaitement interchangeable avec la carte de transport TISSEO, l'opérateur des transports en commun locaux, qui elle, existe depuis de nombreuses années. Ce bouquet de services portés par les différentes cartes réunit donc transports, musées, piscines municipales entre autre et précède une version dématérialisée d'accès aux services. Tout ceci a été rendu possible grâce aux choix effectués depuis de nombreuses années par les différentes DSI qui privilégiaient l'interopérabilité. Problème : le système de gestion des bibliothèques a été refait à neuf peu d'années avant et n'est pas interopérable, lui, avec les autres partenaires. Les citoyens toulousains sont donc pénalisés par des choix techniques restrictifs faits en amont...
Le terme d’interopérabilité apparaît de manière récurrente dans les débats sur les transformations économiques engendrées par les services et logiciels. Cette notion est souvent présentée comme l’une des conditions au développement et à la viabilité des créateurs de contenus numériques. Cependant, l’interopérabilité renvoie bien souvent à des questions très différentes tant sur un plan économique que d’un point de vue réglementaire. C'est notamment pourquoi, il est souvent difficile pour le législateur de prendre des décisions en phase avec les évolutions actuelles faute d’un cadre précis (par exemple la question d'une clause d'interopérabilité dans les appels d'offre des marchés publics). Du point de vue du chercheur en sciences sociales et à la suite des économistes Fabrice Rochelandet, Michèle Francine Mbo’o Ida (dans la Revue Lamy – Droit de l'Immatériel, 01/2007), il faut s'interroger sur deux questions récurrentes. Premièrement, l’interopérabilité est-elle toujours souhaitable du point de vue du bien-être social ? Deuxièmement, si l’interopérabilité s’avère bénéfique, comment la mettre en œuvre efficacement à la fois en respectant les équilibres économiques et en favorisant la création de services innovants ?
Autrement dit, l'expérience terrain montre que, parfois, le choix de l'interopérabilité peut se faire au détriment parfois de la facilité d'usage, parfois même au dépend de la créativité puisqu'elle peut éventuellement être contraignante au niveau technique. L'innovation, lorsqu'elle propose une rupture technologique, présente des problèmes d’interopérabilité avec l'existant. Ceci peut être un enjeu dans l'adoption de la solution. Dans un "monde parfait", où la non-interopérabilité serait l'exception, ces aspects pourraient sans doute être en partie ou totalement gommés. Malheureusement l’interopérabilité des systèmes pose problème dès lors que l’on constate une incompatibilité entre les formats et une impossibilité d’échange d’informations ou de contenus d’une plate-forme à une autre, d’un équipement à un autre, d’une plate-forme à un équipement., etc.
Pour autant, cet état des lieux ne doit pas masquer l'intérêt, y compris au niveau de modèles économiques maintenant éprouvés, de promouvoir les standards ouverts, seuls garants que le client, qu'il soit une entreprise, une administration ou un citoyen, ne dépende pas d'une exclusivité commerciale et marketing ni même d'une domination exagérée.